Mercredi, on apprenait que le liquidateur judiciaire de la défunte plateforme Mt. Gox avait vendu pour environ 400 millions de dollars de Bitcoin depuis décembre – et détiendrait encore l’équivalent de plus d’1,4 milliards de dollars de BTC. Même s’il ne s’agit que d’une fraction de l’offre de BTC en circulation, certains ont rapidement dressé un paralèlle entre ces ventes et les baisses du prix du Bitcoin depuis décembre dernier.
400 millions de dollars de BTC et BCH écoulés sur les marchés
Il y a quelques années, Mt. Gox était encore la plus grande plateforme d’échange au monde, jusqu’à ce que des pirates y dérobent plusieurs dizaines de milliers de Bitcoins appartenant à ses clients.
Et depuis son effondrement en 2014, ses créanciers se livrent à une véritable bataille judiciaire pour tenter de récupérer les sommes qu’ils ont perdues.
Les révélations de celui que l’on surnomme « Bitcoin’s Tokyo Whale » ont été publiées mercredi dans le compte-rendu de la dixième réunion des créanciers de Mt. Gox. S’il ne précise pas comment il s’y est pris pour vendre ces coins, il explique qu’il a tenté d’en obtenir « le prix le plus élevé possible ».
« Suite à mes entretiens avec le tribunal, j’ai considéré nécessaire et raisonnable de vendre un certain nombre de BTC et de BCC, afin de sécuriser une certaine somme qui pourra ensuite être redistribuée. J’ai ainsi vendu les montants ci-dessus. J’ai fait de mon mieux pour vendre ces BTC et BCC au prix le plus élevé possible, à la lumière des prix du marché du BTC et du BCC lors de la vente ».
L’administrateur explique ainsi qu’il a commencé à vendre des Bitcoins et des Bitcoin Cash pour récolter des fonds qui seront reversés aux créanciers de Mt. Gox– alors que les requêtes liées à la faillite de la plateforme sont toujours en train d’être examinées par les autorités judiciaires japonaises.
Pour Mark Karpelès, son ancien CEO, ces actifs auraient été « vendue entre décembre 2017 et février 2018, en s’appuyant sur une plateforme d’échange de Bitcoin ». Même s’il n’est pas cité, de nombreux observateurs estiment qu’il s’agirait du site Kraken.
Ce qui nous amène aux liens potentiels entre ces ventes et la forte dépréciation du BTC depuis décembre dernier.
Le développeur Matt Odell (@Matt_Odell) a présenté la liste des transactions qui ont été effectuées par le liquidateur judiciaire, et évoque un « panic sell » de la part de celui-ci :
« La liste complète des transferts à partir de leur portefeuille. Plus de la moitié des Bitcoins qu’ils ont vendu (18 000 BTC) ont été transférés à une plateforme d’échange le 5 février. C’est la veille du jour où le Bitcoin a atteint son plus bas niveau depuis 3 mois, à environ 6000 dollars. Ils ont paniqué, et ont vendu au plus bas. Le marché a bien absorbé cette vente. »
Voici comment s’imbriqueraient ces transactions dans les évolutions du prix du Bitcoin :
M. Odell explique que « les flèches disposées sur le graphique correspondent aux dates de chaque transfert depuis le portefeuille. Il convient de noter qu’il ne s’agit pas des dates des ventes – qui ont probablement eu lieu dans la foulée – mais des dates des transferts vers la plateforme d’échange ».
Pour certains observateurs, comme « WhalePanda », la décision du liquidateur – qui a préféré se tourner vers une plateforme d’échange plutôt que sur des marchés de gré à gré – ne serait pas à l’origine de la chute du Bitcoin :
Il indique qu’il ne s’agit « que » de 40 000 BTC – ce qui représente, soulignons le, moins de 0,24% des BTC qui ont été émis depuis le déploiement du réseau en 2009.
Pour le trader, cette initiative montrerait toutefois « l’incompétence » de M. Kobayashi :
D’autres ventes à venir ?
Difficile de savoir pour l’instant comment il compte s’y prendre pour écouler ces actifs numériques. Dans son compte-rendu, il a ajouté qu’il prévoyait « de s’entretenir avec le tribunal afin de déterminer les conditions des prochaines ventes de BTC et BCC ».
Pour certains, si l’homme continuait à déverser de grandes quantités de Bitcoin sur les plateformes d’échange – au lieu de nouer directement des accords avec des « whales » désireuses de renforcer leurs positions – le prix de l’actif numérique pourrait en faire les frais.
Charles Hoskinson, le co-fondateur d’Ethereum et fondateur de Cardano, estime que cet évènement met en lumière le manque de liquidité des crypto-marchés – alors qu’un seul individu a potentiellement pu influer sur le cours de l’actif numérique :
« Un prix de 20 000 dollars pour le Bitcoin était-il vraiment justifié si un évènement comme celui-ci peut avoir un tel impact sur le marché ? Nous avons besoins d’élaborer un indice permettant de connaître la quantité que le marché peut absorber sans que chaque crypto-monnaies ne crashe ; nous l’appellerons le ΔL. »
Notons que, dans son rapport, M. Kobayashi précise qu’il a demandé à obtenir de plus amples informations concernant l’arrestation d’Alexander Vinnik. Cet individu de nationalité russe est accusé d’avoir dérobé 4 milliards de dollars à Mt. Gox, avant de les avoir blanchis à travers sa plateforme d’échange, BTC‑e.
Il est toutefois difficile, pour l’heure, de savoir si le liquidateur judiciaire compte récupérer ces sommes.
Référence : ZeroHedge, CCN, Bloomberg, Scribd