Ceci est la traduction libre d’un article publié hier par James Andrews, un rédacteur spécialisé en finance, qui travaille pour le quotidien britannique The Daily Mirror.
De nombreux observateurs évoquent l’existence d’une bulle, et il nous a semblé intéressant de présenter, de manière simple, ce concept. Même si nous ne pensons pas personnellement que la prétendue « bulle » Bitcoin soit sur le point d’éclater, nous avons pensé que certains lecteurs aimeraient en savoir plus sur le concept de bulle spéculative, et les principales phases qu’il comporte.
Après un record historique à environ 11 450 dollars, atteint ce mercredi, le prix du Bitcoin a ensuite chuté jusqu” à 9200 dollars, sur une période d’environ 24 heures.
Mais alors que la crypto-monnaie connaît toujours une hausse de plus de 900% cette année, sommes-nous en train d’assister aux signes annonciateurs d’un retournement ?
Il y a 10 ans, le Bitcoin n’existait pas. Et il y a 5 ans, il ne valait que 12 dollars.
Au 1er janvier 2017, il valait moins de 1000 dollars, pour s’échanger mercredi au-dessus des 11 000 dollars.
Et puis un crash.
Alors que son cours était d’environ 11 450 dollars ce mercredi à 15 heures, il ne valait plus, le lendemain à la même heure, que 9 200 dollars – soit une baisse de près de 20% de sa valeur en 24 heures.
Il a depuis retrouvé des couleurs, et s’échangeait, lors de la rédaction de cet article à 10 755 dollars – avec toutefois de fortes disparités entre les plateformes, puisque son prix atteignait près de 11 400 dollars sur Bithumb, la plus grande plateforme sud-coréenne.
Faut-il y voir une simple correction, après une hausse que certains ont qualifié de « parabolique », ou plutôt un signe annonçant une longue période de baisse ?
Pourquoi cette baisse soudaine du prix du Bitcoin ?
La bonne nouvelle pour ceux qui croient en l’avenir du Bitcoin, c’est que cette baisse parfaitement est normale.
Lorsque des actions ou des devises prennent de la valeur, il arrive forcément des moments où des agents économiques souhaitent gagner de l’argent en revendant leurs actifs. On appelle cela des « prises de bénéfices », et celles-ci ont tendance à se produire à des niveaux de prix « clés ».
Dans le cas du Bitcoin, le fait qu’il ait dépassé les 10 000 dollars a sans doute amené certains investisseurs à vouloir profiter de cette hausse, et il est logique qu’ils aient cherché à obtenir des dollars, des wons, des yens ou des euros en échange de leur précieuse monnaie numérique.
Mais il s’agit là du scénario optimiste.
Des bulles de bulbes
Il arrive parfois que les agents économiques s’enthousiasment pour un actif, ce qui provoque une flambée de son cours.
Des investisseurs se jettent sur cette « bonne idée » – quand d’autres voient son prix augmenter, ce qui les incite à en acheter eux aussi (c’est d’ailleurs comme cela que fonctionnent les groupes de « pump and dump »).
Au fur et à mesure de la hausse du prix de cet actif, un nombre croissant d’individus souhaitent entrer sur le marché, atteints d’une « Fear Of Missing Out » (FOMO).
En 1841, le journaliste écossais Charles Mackay, avait publié un livre – Illusions populaires extraordinaires et la folie des foules – dans lequel il décrivait la Tulipomanie du dix-septième siècle, mais également la bulle de la Sea Company, ou encore celle de la Compagnie du Mississippi.
Nous n’avons, semble-t-il, pas retenu la leçon – avec la hausse du marché des actions au début de l’année 1929, la bulle internet de la fin des années 1990, et bien d’autres, qui ont suivi le chemin tracé par les bulbes de tulipes hollandais du 17ème siècle.
Il suffit d’ailleurs de jeter un oeil aux évolutions de l’indice des prix des contrats de ces bulbes, pour rapidement comprendre pourquoi ils sont encore souvent évoqués, près de 400 ans après leur flambée :
Anatomie d’une bulle spéculatve
Voici les 4 phases principales d’une bulle spéculative :
- La phase cachée : on assiste à une période faite de petites hausses lentes – alors que seule une poignée d’agents ont connaissance de l’actif. Cette phase prend fin lorsque le prix commence à décoller.
- La prise de conscience : de plus en plus d’individus rentrent sur le marché – parfois au travers de banques ou de sociétés d’investissement – car il estiment que l’actif a le potentiel de poursuivre sa hausse. Le prix finit par entrer dans un piège baissier, mais s’en remet rapidement, et l’actif continue à nouveau à s’apprécier.
- La phase d’euphorie : il s’agit d’une période durant laquelle les médias généralistes s’intéressent à l’actif, et le grand public se met à investir. On assiste à une période d’enthousiasme, puis de cupidité, et enfin une période d’illusion. Celle-ci atteint son paroxysme lorsque les investisseurs évoquent l’arrivée d’un « nouveau paradigme » qui pourrait expliquer cette hausse exponentielle.
- La phase d’éclatement : les prix baissent – mais pas énormément. On assiste dans la foulée à une remontée du cours de l’actif, qui ne parvient pas toutefois à retrouver ses précédents niveaux. Les personnes qui sont toujours convaincues par le potentiel de l’actif expliquent qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter, et en achètent à nouveau pour profiter de cette petite baisse. S’en suit ainsi une nouvelle hausse, certes faible, qui semble témoigner d’un « retour à la normale ». Mais les prix diminuent encore, pour rapidement s’écrouler. C’est la panique : les agents cherchent à se débarrasser de l’actif, quitte à la revendre pour beaucoup moins que ce qu’il leur a coûté.
Après ce krach, le cours de l’actif pourra ensuite retrouver les niveaux de croissance de la phase « prise de conscience », puis revenir à une croissance « normale »– mais ceux qui ont acheté au plus haut ont perdu une grande partie de leur investissement.
Mais alors, où en est le Bitcoin ?
Pour Neil Wilson, analyste chez ETX Capital :
« Pour le moment, le Bitcoin suit à la lettre le parcours d’une bulle spéculative […] La vraie question, c’est de savoir si nous avons atteint la phase d’euphorie, ou si nous sommes toujours dans la phase de prise de conscience. »
Références : mirror.co.uk, commons.wikimedia.org, /r/bitcoin/