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Voici pourquoi l’identité de Satoshi Nakamoto n’a plus aucune importance

Satoshi Nakamoto

Ceci est la tra­duc­tion libre d’un article publié en mars der­nier sur Medium. Il a été rédi­gé par Peter McCor­mack, qui pré­sente l’ex­cellent pod­cast « What Bit­coin Did ». N’hé­si­tez pas à consul­ter l’ar­ticle d’o­ri­gine en cli­quant sur ce lien.

La « vision originelle de Satoshi » n’importe plus

Le 23 avril 2011, Sato­shi Naka­mo­to envoyait son der­nier e‑mail :

« Je suis pas­sé à d’autres choses. Le pro­jet est entre de bonnes mains, avec Gavin et les autres ».

Depuis, plus aucune nou­velle du déve­lop­peur – ou du groupe de déve­lop­peurs – à l’o­ri­gine du Bitcoin.

Rap­pe­lons que le code source du pro­jet Bit­coin avait été déployé en jan­vier 2009, il y a 9 ans et 6 mois. Sato­shi a ain­si quit­té le pro­jet 2 ans et 3 mois après sa créa­tion – il a donc contri­bué à moins de 25% de son histoire.

Le terme « contri­buer » est impor­tant. Même si le Bit­coin est le fruit de la vision de Sato­shi, il n’au­rait pas pu par­ve­nir au niveau qui est aujourd’­hui le sien sans l’aide d’autres par­ti­ci­pants. Sato­shi a recru­té des déve­lop­peurs talen­tueux pour l’ai­der à faire face aux défis aux­quels il a été confron­té, comme Hal Fin­ney, Gavin Andre­son ou encore Nick Zsa­bo.

Depuis que Sato­shi a quit­té le pro­jet, nous avons eu Silk Road, Mt. Gox, Coin­base, les ASICS, l’in­ter­dic­tion pro­non­cée par la Chine, les contrats à terme, le Bit­coin Cash, le Light­ning Net­work… une liste sans fin de tech­no­lo­gies, d’in­di­vi­dus, de gou­ver­ne­ments et de socié­tés qui ont rejoint, contri­bué, régu­lé, endom­ma­gé et/ou aidé le Bit­coin. Et c’est la rai­son pour laquelle les besoins du Bit­coin et de ses uti­li­sa­teurs ont chan­gé.

L’ob­jec­tif de mon article n’est pas de faire oublier Sato­shi, ou de renier ses accom­plis­se­ments. L’ob­jec­tif de mon article consiste à mon­trer qu’il n’est pas per­ti­nent d’é­vo­quer « la vision ori­gi­nelle de Sato­shi ».

Nous igno­rons ce que Sato­shi aurait vou­lu : car nous ne pou­vons nous baser que sur un White Paper rédi­gé il y a près de 10 ans, dont le rédac­teur igno­rait alors tout ce qui allait se pro­duire autour du Bitcoin.

Sato­shi pour­rait être d’ac­cord avec Roger Ver, et pen­ser que la feuille de route éta­blie par le Bit­coin Cash consti­tue le meilleur che­min à suivre pour le Bitcoin

Nous n’en savons stric­te­ment rien.

Sato­shi pour­rait aimer le Light­ning Net­work, et pen­ser qu’il s’a­git d’une bonne chose pour le Bitcoin.

Nous n’en savons stric­te­ment rien.

Sato­shi pour­rait être contre le fait que le Bit­coin soit consi­dé­ré comme une réserve de valeur, dans la mesure où son White Paper était inti­tu­lé « Un sys­tème d’argent élec­tro­nique de pair à pair ». Rap­pe­lons nous que le pre­mier bloc miné (le « gene­sis block ») com­por­tait la men­tion sui­vante : « The Times 03/Jan/2009 Chan­cel­lor on brink of second bai­lout for banks » – une réfé­rence expli­cite à l’ins­ta­bi­li­té finan­cière cau­sée par le sys­tème bancaire.

Sato­shi aurait pu se féli­ci­ter de voir que des indi­vi­dus basés au Vene­zue­la et au Zim­babwe ont uti­li­sé le Bit­coin pour se pro­té­ger face à l’in­fla­tion galo­pante qui sévit dans leurs pays respectifs.

Nous n’en savons stric­te­ment rien.

Sato­shi pour­rait pen­ser que le Bit­coin n’est pas une réserve de valeur, et qu’il ne devrait être appré­hen­dé que comme une mon­naie d’échange.

Nous n’en savons stric­te­ment rien.

Même si Sato­shi était tou­jours impli­qué dans le pro­jet, même s’il était per­sua­dé que le « sca­ling on-chain » consti­tuait la solu­tion la plus appro­priée ; après avoir tra­vaillé conjoin­te­ment avec d’autres déve­lop­peurs, il aurait pu chan­ger d’avis.

Nous n’en savons stric­te­ment rien.

Nous n’en savons stric­te­ment rien parce qu’il a dis­pa­ru du projet.

Il a déci­dé de quit­ter le Bitcoin.

Il a ces­sé de contri­buer au projet.

Il a offert aux par­ti­ci­pants la pos­si­bi­li­té de déci­der de ce qu’ils sou­hai­taient faire.

Ain­si, toute ten­ta­tive visant à s’ap­puyer sur la « vision ori­gi­nelle de Sato­shi » (le White Paper du Bit­coin) consti­tue un mau­vais argu­ment dans la mesure où ce White Paper n’é­tait qu’un plan, un concept – mais pas une Bible réper­to­riant l’en­semble des règles qu’il fau­drait suivre.

C’est d’ailleurs la même chose que la consti­tu­tion des États-Unis : pré­sen­tée, selon ses propres termes, comme la « loi suprême du pays », elle a fait l’ob­jet de nom­breux amen­de­ments. Et c’est pour une bonne rai­son : en tant qu’être humains, nous com­met­tons des erreurs, nous ana­ly­sons mal les choses, les socié­tés et les besoins changent, nous évoluons,…

Cessons de nous battre

Pièce BitcoinTout ten­ta­tive visant à pré­voir ce que Sato­shi aurait sou­hai­té ne s’ap­puie que sur des infor­ma­tions incom­plètes. Il s’a­git de simples hypothèses.

Sato­shi n’é­tait pas/n’est pas un dieu infaillible et omni­scient des cryp­to-mon­naies. Les pre­mières années du Bit­coin démontrent qu’il a déve­lop­pé ce pro­to­cole avec d’autres indi­vi­dus brillants. Si cer­tains per­sonnes cherchent à tout prix à savoir ce qu’au­rait vou­lu Sato­shi, c’est avant tout pour essayer de faire vali­der l’une de leurs hypo­thèses. Elles peuvent ain­si décla­rer, pour se défendre : « peut-être, mais Sato­shi aurait été d’ac­cord avec moi ».

Ces per­sonnes n’en savent stric­te­ment rien.

Pire encore, en pla­çant Sato­shi sur un « cryp­to-pié­des­tal », on le trans­forme en un point unique de défaillance – un élé­ment qui va à l’en­contre des fon­da­men­taux décen­tra­li­sés du Bit­coin lors de sa créa­tion. Le fait d’u­ti­li­ser le White Paper comme un argu­ment ne fait pas que trans­for­mer Sato­shi en un point unique de défaillance, mais un point unique de défaillance qui est soit mort, soit qui se cache du reste monde en lais­sant les autres inter­pré­ter sa volonté.

Lorsque des indi­vi­dus sont célé­brés pour leurs inven­tions, ils ont géné­ra­le­ment ima­gi­né celles-ci avec l’aide d’autres per­sonnes brillantes. Hen­ry Ford tra­vaillait avec Tho­mas Edi­son avant de lan­cer la Ford Motor Com­pa­ny. Et pen­sez-vous qu’il a com­men­cé à construire tout seul des voi­tures dans sa grange ?

Nous dis­po­sons sans doute de suf­fi­sam­ment d’in­di­vi­dus intel­li­gents dans la cryp­to-sphère, qui peuvent s’as­seoir autour d’une table et ten­ter de réflé­chir par eux-mêmes. Nous n’a­vons sans doute pas besoin d’en­tendre ceci : « Que pen­se­rait cette per­sonne mythique, morte ou en train de se cacher, que per­sonne n’a jamais pu ren­con­trer ? »

Et si nous ne par­ve­nons pas à nous entendre – et c’est ce qui fait la beau­té du pro­jet Bit­coin – nous pou­vons créer un fork, « split-tes­ter » des points de vue dif­fé­rents et lais­ser le monde déci­der. Il s’a­git cer­tai­ne­ment d’une meilleure manière de créer une cryp­to-mon­naie sus­cep­tible de chan­ger le monde, ce que nous dési­rons tous. Cela vaut mieux que de se déchi­rer dans une guerre civile en ima­gi­nant ce que Sato­shi aurait vou­lu, en se disant « Tu n’y com­prends rien, voi­ci la vision ori­gi­nelle de Sato­shi », « Tais-toi, tu es un idiot, Sato­shi a éga­le­ment décla­ré ceci ».

Nous n’en savons stric­te­ment rien.

Sato­shi n’est plus là, et nous n’a­vons aucune idée de ce qu’il pense ou de ce qu’il veut. Et si Sato­shi n’est pas mort, s’il devait sou­dai­ne­ment réap­pa­raître et signer le gene­sis block et dire au monde ce qu’il pense, il ne s’a­gi­rait plus que de l’o­pi­nion d’un indi­vi­du ou d’un groupe d’in­di­vi­dus ayant quit­té le pro­jet il y a plu­sieurs années. Steve Jobs, l’un des autres dieux des « nerds », n’a pas tou­jours eu rai­son : il a été ren­voyé d’Apple, il a échoué avec l’or­di­na­teur NeXT, avant d’être éle­vé au rang de dieu vivant.

Sato­shi pour­rait faire son retour, et il ne serait plus qu’au même rang que les indi­vi­dus brillants qui tra­vaillent actuel­le­ment sur le Bit­coin. Il devrait alors rega­gner son droit de tra­vailler sur le pro­jet. Oui, je suis cer­tain qu’il y serait accep­té, mais quelle que soit son opi­nion sur la situa­tion actuelle, il ne s’a­gi­ra plus que d’une opi­nion par­mi d’autres – les autres déve­lop­peurs pour­raient affi­cher leur désaccord.

Le fait de s’ap­puyer sur le White Paper de Sato­shi et de le pré­sen­ter comme une « vision ori­gi­nelle » qui fait foi n’est que de la pro­pa­gande. Il s’a­git d’une insulte pour quel­qu’un qui a sou­hai­té remettre l’in­di­vi­du au cœur de la monnaie.

Je ne m’at­tends pas à ce que tout le monde aime cet article ou soit d’ac­cord avec moi. Je m’at­tends à ce que des indi­vi­dus au pro­fil tech­nique com­mencent à me dire que je ne sais pas de quoi je parle : aucun pro­blème, je suis loin d’être un génie tech­nique. J’ai lu le White Paper du Bit­coin, et je n’en ai pas com­pris grand chose. J’ai ten­té de rejoindre des débats sur Red­dit, sur les­quels ont m’a dit que j’é­tait un idiot.

Ce qu’il faut com­prendre, c’est qu’il n’est pas néces­saire d’être un génie tech­nique pour réa­li­ser que Sato­shi nous a fait un cadeau, et que nous per­dons du temps et de l’éner­gie dans cette guerre civile.

Nous avons le Bit­coin, nous avons le Bit­coin Cash, nous avons le Bit­coin Dia­mond, Gold, etc. Nous avons des expé­ri­men­ta­tions qui ont été mises en place. Concen­trons nos efforts vers les véri­tables oppo­sants. Les gou­ver­ne­ments, qui impriment sans cesse de l’argent, qui font grim­per la dette et qui nous privent de nos ser­vices publics. Les banques, qui nous ont conduits à de nom­breuses crises finan­cières, avant d’être pro­té­gées à coups de plans de sau­ve­tage de plu­sieurs cen­taines de mil­liards de dol­lars pen­dant que nous per­dions nos loge­ments et nos emplois.

Ces­sons de nous battre. Nous pour­sui­vons tous le même objec­tif, n’est-ce pas ? La sou­ve­rai­ne­té des indi­vi­dus, le droit à la vie pri­vée, et la pos­si­bi­li­té de ten­ter de gagner un peu d’argent en inves­tis­sant dans le pro­jet Bitcoin.

Cet article ne consti­tue pas une recom­man­da­tion d’investissement. Nous vous sug­gé­rons de mener vos propres recherches avant de déci­der de vous pro­cu­rer des cryp­to-mon­naies – des actifs extrê­me­ment ris­qués. Ne dépen­sez pas plus que ce que vous pou­vez vous per­mettre de perdre. Nous ne sau­rons être tenus res­pon­sables de toute perte en capi­tal, en lien avec la lec­ture de cet article.

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potre
potre
3 années il y a

Sauf que plu­sieurs mil­lions de BTC sont sus­cep­tibles d’être reven­dus par Sato­shi, ce qui ferait implo­ser le marché…