Bitcoin Démocratisation

Le président du Salvador promet de régler les bugs du wallet Chivo, qui revendiquerait plus de 500 000 utilisateurs

Nayib Bukele, le pré­sident du Sal­va­dor, s’est féli­ci­té hier du suc­cès de l’ap­pli­ca­tion de paie­ment en Bit­coin « Chi­vo », décla­rant qu’elle avait déjà séduit « plus d’un demi-mil­lion d’u­ti­li­sa­teurs » – soit près de 8% de la popu­la­tion du pays cen­tra­mé­ri­cain. Il a recon­nu cer­tains lou­pés tech­niques depuis le lan­ce­ment du por­te­feuille mar­di der­nier, et a pro­mis qu’ils seraient tous bien­tôt résolus.

Cer­tains com­mer­çants sal­va­do­riens, relayés par la presse locale, sont loin de par­ta­ger son enthousiasme.

Dans une série de tweets publiée lun­di soir, le pré­sident Bukele pré­cise que les récents pro­blèmes tech­niques ren­con­trés par le Chi­vo ont été « réso­lus à 95% », ajou­tant que l’ap­pli­ca­tion devrait être tota­le­ment fonc­tion­nelle « au cours des pro­chains jours » :

Il indique que les 200 dis­tri­bu­teurs de Bit­coin Chi­vo, implan­tés au Sal­va­dor, « fonc­tionnent par­fai­te­ment ». C’est éga­le­ment le cas de plu­sieurs machines de ce type, dis­po­sées dans plu­sieurs villes des États-Unis – comme Los Angeles, Dal­las, San Fran­cis­co ou encore Atlanta.

Le diri­geant recon­naît tou­te­fois les pro­blèmes tech­niques ren­con­trés par son appli­ca­tion lors de son lan­ce­ment :

« Nous nous sommes lan­cés un défi trop grand (tout lan­cer en l’es­pace de 3 mois), et nous avons com­mis des erreurs », concède-t-il.

« Mais nous sommes en train de les cor­ri­ger, et plu­sieurs cen­taines de mil­liers de Sal­va­do­riens peuvent déjà uti­li­ser leurs wal­lets Chi­vo sans le moindre problème ».

Il pré­cise que cer­tains uti­li­sa­teurs vont « devoir atteindre » pour se ser­vir du Chi­vo, rap­pe­lant que les paie­ments en Bit­coin res­taient de toute manière « optionnels ».

Il explique par ailleurs que le gou­ver­ne­ment a déci­dé d’a­bais­ser le seuil mini­mum des tran­sac­tions vers d’autres wal­lets, qui est pas­sé de 5 à 0,01 dollar.

Le poli­ti­cien ajoute qu’une carte de cré­dit et de débit serait pro­po­sée dès le 15 sep­tembre, et qu’elle per­met­tra aux com­mer­çants de béné­fi­cier d’in­ci­ta­tions financières.

M. Bukele recon­naît par ailleurs que cer­tains usa­gers du Chi­vo ont été blo­qués, « après avoir reçu des mes­sages d’er­reur suite à leur ins­crip­tion ». Il indique que leur pro­fil va être sup­pri­mé, afin de leur per­mettre de « s’inscrire à nouveau ».

Il admet éga­le­ment que plu­sieurs uti­li­sa­teurs ont « ren­con­tré des pro­blèmes avec leurs trans­ferts vers des comptes ban­caires ou avec leurs paie­ments », en leur assu­rant qu’ils seront « contac­tés par l’é­quipe tech­nique » du Chi­vo, une fois que ces pannes auront été résolues.

Des commerçants mécontents

Salvador Bitcoin drapeauLa presse locale, majo­ri­tai­re­ment oppo­sée à l’a­dop­tion du Bit­coin, a récem­ment relayé la colère de cer­tains commerçants.

El Dia­rio de Hoy a ain­si rap­por­té lun­di les pro­pos de deux entre­pre­neurs, res­tés ano­nymes, qui se plaignent d’a­voir « per­du de l’argent » sur les paie­ments effec­tués par leurs clients. Ils regrettent d’a­voir dû régler des frais « com­pris entre 0,02 et 0,50 dol­lar pour chaque vente », pré­ci­sant qu’une tran­sac­tion leur avait coû­té 18,01 dollars.

Rodri­go Alemán, un tatoueur sal­va­do­rien, a expli­qué au média que les tran­sac­tions néces­si­taient, selon lui, des délais de trai­te­ment trop longs. Il estime que le wal­let Chi­vo est « inutile » et que « per­sonne ne l’u­ti­li­se­ra plus » après avoir dépen­sé les 30 dol­lars de BTC offerts par le gou­ver­ne­ment pour télé­char­ger l’application.

Tatoueur SalvadorDes employés d’un salon de coif­fure et d’un maga­sin de vête­ment ont éga­le­ment rap­por­té que cer­taines tran­sac­tions avaient échoué avec le wal­let du gouvernement.

Le même média a éga­le­ment relayé les cri­tiques du You­Tu­ber amér­cain Marc Fal­zon, qui a décla­ré dans un entre­tien que l’ar­ri­vée du Chi­vo s’ap­pa­ren­tait selon lui « plus à un effon­dre­ment qu’à un lan­ce­ment ». Le vidéaste estime par ailleurs que le gou­ver­ne­ment cherche à appor­ter des élé­ments de cen­tra­li­sa­tion au Bit­coin à tra­vers son application.

L’in­fluen­ceur a décla­ré que « plu­sieurs dis­tri­bu­teurs étaient vides », pré­ci­sant que l’un de ses par­te­naires avait dû attendre plus d’une heure avant de pou­voir reti­rer des fonds.

Ces témoins ne sont pas les seuls à regret­ter la déci­sion récente du Sal­va­dor. Quelques jours avant l’en­trée en vigueur de la « Loi Bit­coin », plu­sieurs mani­fes­ta­tions avaient écla­té dans les rues de la capi­tale. Un son­dage récent mon­trait qu’une majo­ri­té des Sal­va­do­riens étaient défa­vo­rables à l’a­dop­tion du BTC.

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